Fire on Fire – Au rythme de l’art urbain

Pour sa nouvelle saison dédiée aux arts urbains, la ville de Nancy a fait appel au curateur Christian Omodéo qui nous invite à parcourir, dans une exposition à la fois visuelle et sonore, l’histoire de cet art pluriel à travers le prisme de la musique.

1up fire on fire postgraffiti urbanart art urbain spraymium gzeley
Intervention du collectif 1UP dans les jardins du musée des Beaux Arts de Nancy

A première vue, on a l’impression de visiter une énième exposition « historique » où l’on exhume les disparus et où l’on célèbre les plus « bankables » des survivants. Au casting : Futura, Rammellzee, Basquiat, Doze Green, Shepard Fairey, Invader, JR, Banksy… Du vu et revu donc, mais la mise en perspective avec l’univers musical de chacun d’entre eux permet au visiteur averti d’aborder leurs travaux sous un angle différent de la sempiternelle chronologie. Et derrière les stars, quelques noms moins attendus comme Poch, les 1UP, Kan, Bando, Bill Blast, Sharp, Mosa ou le photographe Florent Schmidt permettent quelques réjouissantes découvertes. Quand à la représentation d’un art de rue par des travaux d’ateliers (l’exposition est principalement constituée de prêts de collectionneurs), ce lieu commun est évité de justesse grâce aux nombreux documents présentés (vidéos, flyers, affiches). Si l’on est loin des expositions expérimentales du début des années 2000 qui soulignaient les spécificités de ce mouvement grâce à l’implication d’artistes dans la curation et la scénographie, Fire on Fire a néanmoins le mérite d’aborder le sujet sous un angle défini, chose assez rare pour être soulignée.

fire on fire postgraffiti urbanart art urbain spraymium gzeley

Dès l’entrée dans la galerie Poirel qui accueille l’exposition Fire on Fire, le refrain du morceau Rapture de Blondie nous plonge quarante ans en arrière, lorsqu’une poignée de writers new-yorkais partaient à la conquête des galeries et des clubs du downtown branché de la grosse pomme. A cette époque, c’est par le biais du hip hop que le graffiti s’apprête à déferler sur le reste du globe. Pour autant, la toile de Futura qui amorce le parcours de l’exposition rappelle d’emblée que bien d’autres genres musicaux ont jalonné l’évolution du graffiti puis du street art. « J’ai conçu cette exposition avec la volonté d’abattre les cloisons qui cernent l’art urbain, en cassant le lieu commun qui veut que le graffiti se résume au hip hop » explique le commissaire d’exposition. De fait, c’est à l’occasion de la tournée européenne des Clash que Futura réalisa cette toile en 1981.

futura bill blast aone daze fire on fire postgraffiti urbanart art urbain spraymium gzeley

Ainsi, si les premières générations de writers se retrouvaient plus volontiers dans la soul ou le heavy metal, ils furent par la suite largement influencés par le funk, le jazz ou le reggae, comme en témoignent les toiles de A.One, Daze ou Bill Blast. Le hip hop constitue néanmoins un jalon crucial de cette culture et de nombreuses allusions à ce genre musical accompagnent le visiteur tout au long de l’exposition. Des premiers B.Boys de Doze Green à sa version futuriste incarnée par le Point Man de Futura jusqu’aux danseurs aux postures dégingandées du japonais Taku Obata ; de l’incroyable Garbage God de Rammellze à cette impressionnante collection de flyers qui témoigne de l’émergence du mouvement hip hop, l’exposition regorge de trésors dont certains sont ici montrés pour la première fois en Europe.

poch banksy fire on fire postgraffiti urbanart art urbain spraymium gzeley

Avec l’explosion du street art au tournant du nouveau millénaire coïncide le retour du vinyle qui fait face à la démocratisation du mp3. Une toute nouvelle génération d’artistes s’empare alors de divers genres musicaux comme la pop, l’électro, le punk ou la new wave. Shepard Fairey, Poch, Invader, Dran, André, Banksy, Os Gêmeos, JR… Tous usent de la musique comme d’une source d’inspiration ou d’un support de création, et se retrouvent ici sous la forme de flyers, d’affiches de concert, de pochettes de disque ou de vidéo clips. C’est en partie ce qui fait l’intérêt de cette exposition. Christian Omodéo, lui même grand collectionneur d’archives en tout genre, dévoile grâce à divers pièces en lien avec l’industrie musicale, l’étendue de l’art urbain sans le restreindre à son esthétique. La diversité des documents exposés permet d’aborder le sujet sous divers angles – artistique, sociologique ou anthropologique – et présente ainsi ce mouvement comme une culture à part entière, plus que comme un genre artistique trop souvent résumé à divers courants picturaux.

fire on fire postgraffiti urbanart art urbain spraymium gzeley

Autour de l’exposition présentée à la galerie Poirel, d’autres temps forts viennent rythmer cette saison culturelle placée sous le signe de l’art urbain. Au musée des Beaux-Arts de Nancy, sa directrice Susana Gallego propose jusqu’au 12 janvier 2020 une plongée dans le New York des années 70-80 avec l’exposition de la photographe Arlene Gottfried. L’artiste espagnol Aryz et le français Poch sont également invités à s’exprimer dans l’espace de l’institution alors que, hors les murs, le new-yorkais Momo s’est emparé d’une façade du centre ville, poursuivant ainsi le parcours d’art urbain ADN (Art Dans Nancy) amorcé en 2015.

Texte et photographies de Nicolas Gzeley

Fire on Fire // jusqu’au 30 mars 2020

poirel.nancy.fr

Galerie Poirel, 3 rue Victor Poirel, 54000 Nancy