Fabrice Yencko

Jusqu’au 15 janvier prochain à la galerie Rabouan Moussion, Fabrice Yencko présente sa première exposition personnelle « Les conquérants de l’inutile ». Il y explore les liens entre vandalisme et alpinisme, deux univers chers à l’artiste, d’une paisible et esthétique violence.

 

fabrice yencko cokney rabouan moussion graffiti writing postgraffiti urbanart contemporary art spraymium

Actif sous le nom de Cokney dans les hangars du métro parisien jusqu’aux quatre coins de l’Europe, Fabrice Yencko a dû stopper brutalement sa pratique du graffiti illégal suite à deux arrestations suivies d’un placement en contrôle judiciaire. Dès lors, c’est dans l’alpinisme que le Parisien trouve une nouvelle façon de vivre pleinement, explorant son environnement loin des lois des hommes, pour désormais faire face à celles de la nature.

fabrice yencko cokney rabouan moussion graffiti writing postgraffiti urbanart contemporary art spraymium fabrice yencko cokney rabouan moussion graffiti writing postgraffiti urbanart contemporary art spraymium

Dans cette exposition à mille lieues des codes de l’art urbain, Fabrice Yencko revient dans un premier temps sur sa pratique illégale, illustrant les systèmes de sécurité des réseaux ferrés par des photographies de maîtres-chiens dont l’esthétique brute et soignée n’est pas sans rappeler les peintures classiques de la Renaissance. Au sol, leurs chiens peints en couleurs vives évoquent le jeu dont Cokney vient de perdre la partie.

fabrice yencko cokney rabouan moussion graffiti writing postgraffiti urbanart contemporary art spraymium fabrice yencko cokney rabouan moussion graffiti writing postgraffiti urbanart contemporary art spraymium

Plus loin, l’artiste tisse par superposition photographique des liens entre vandalisme et alpinisme. Le mouvement des corps, les réflexes de survie, la gestuelle propre au danger se lisent en filigrane dans les deux contextes. Il souligne ainsi l’aspect éphémère de ces deux pratiques : une peinture furtive destinée à être rapidement effacée face à un sommet que l’on quitte aussitôt l’avoir gravi. Dans les deux cas, les souvenirs des sensations éprouvées et la photographie sont les seules traces qui perdureront.

fabrice yencko cokney rabouan moussion graffiti writing postgraffiti urbanart contemporary art spraymium fabrice yencko cokney rabouan moussion graffiti writing postgraffiti urbanart contemporary art spraymium fabrice yencko cokney rabouan moussion graffiti writing postgraffiti urbanart contemporary art spraymium

Enfin, sur un mur de la galerie, l’artiste a installé des éléments en volume, sortes de modules d’escalade aux couleurs du métro parisien où l’on décèle ici une roche ou une crevasse glaciaire, là un mur ou un grillage d’enceinte. Si l’exposition de Fabrice Yencko présente divers médiums rarement observés dans l’univers de l’art urbain, elle ouvre de nouvelles pistes quant à l’évocation de ce mouvement. Pratique illégale intimement liée au contexte, l’essence du graffiti est rarement si bien représenté dans l’espace clos d’une galerie. Un exemple à suivre si l’on espère voir un jour l’art urbain émerger des codes dans lesquels il s’enlise trop souvent.

fabrice yencko cokney rabouan moussion graffiti writing postgraffiti urbanart contemporary art spraymium fabrice yencko cokney rabouan moussion graffiti writing postgraffiti urbanart contemporary art spraymium

fabrice yencko cokney rabouan moussion graffiti writing postgraffiti urbanart contemporary art spraymium

Texte et photographies de Nicolas Gzeley

 

Les conquérants de l’inutile – Fabrice Yencko

Galerie Rabouan Moussion, 11 rue Pastourelle, 75003 Paris

 

Retrouvez cet article dans le numéro 8 de STUART magazine disponible en kiosque et en version digitale.

stuart magazine spraymium gzeley

.

English version

 

At Rabouan Moussion gallery in the 3rd arrondissement of Paris, Fabrice Yencko presents his first personal exhibition, in which he explores the links between vandalism and mountaineering, two universes of peaceful and aesthetic violence, that mean a lot to him.

Acting under the name of Cokney in the Parisian metro depot as well as all around Europe, Fabrice Yencko suddenly had to abandon the illegal graffiti practice further to two arrests followed by a placement under judicial supervision. From then on, the Parisian found in mountaineering a new way of living life to the full, exploring his environment far from the people’s laws, to now face the nature’s ones. In this exhibition, which is a long way from the urban art codes, Fabrice Yencko first comes back to his illegal practice, illustrating the security systems of the rail networks by pictures of dog handlers which pure and brutal aesthetics remind us of the classic paintings of the Renaissance. On the ground, their dogs painted in bright colours evoke the game which Cokney just lost. Further, the artist links vandalism and mountaineering through a photographic superposition. The body gestures, the survival reflexes, the body language peculiar to danger show in both contexts. Like that, he highlights the short-lived aspect of these two practices: a furtive painting destined to be wiped off in front of a peak we leave straight after having climbed it. In both cases, the memories of the sensations we felt and the photography are the only traces that will last. Finally, on an immaculate wall of the gallery, the artist placed three-dimensional items, sorts of climbing modules bearing the colours of the Parisian subway and on which we can see here a rock or a glacier crevasse, there a wall or an enclosure fence. Fabrice Yencko’s exhibition presents various mediums rarely seen in the urban art universe, and opens new avenues as for the evocation of an urban practice inside the closed space of a gallery. A good example if we hope some day to see urban art break away from the codes in which it locks itself too often.