Pixote – Ritual Painting

À mi-chemin entre graffiti, expressionnisme abstrait et art brut, Pixote convoque la spiritualité du spectateur. Son œuvre, composée de tags aux accents brésiliens et de peinture d’atelier imprégnée de symbolisme, questionne la capacité de l’homme à exister et à communiquer dans la ville. De passage à Paris sur l’invitation de By Night Gallery, nous l’avons rencontré lors de l’exposition « The Path » où il présentait ses toiles les plus récentes. Bienvenue dans un voyage en forme de quête spirituelle, de Rio de Janeiro à New York en passant par Paris.

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Pixote – NYC 2016 © Sammy Ian

Au début des années 2000, New York voit apparaître une curieuse signature : Pixote. Exécutée au rouleau ou à l’extincteur, le plus souvent sur des endroits difficilement accessibles, la signature de Pixote porte en elle la culture brésilienne. Et plus particulièrement celle des pixaçäos : ces tags au graphisme unique qui colonisent depuis près de trente ans les façades des mégalopoles brésiliennes. Ils sont réalisés par les pixadores qui, en véritables trompe-la-mort, escaladent à mains nues les immeubles pour y apposer leur nom. « Je suis originaire de Rio de Janeiro et les pixaçäos font partie de ma culture. Dès l’âge de dix ans, j’ai commencé à en faire. Lorsque j’ai débarqué à New York quelques années plus tard, je n’avais pas de papiers. J’ai donc mis de côté le graffiti pour me concentrer sur la musique et le skate. »

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Pixote – NYC 2013 © Gui Machado

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Pixote Womp – NYC 2013 © Gui Machado

Mais on ne se débarrasse pas comme ça du virus de l’écriture et il ne faudra pas longtemps pour que le jeune musicien se retrouve sur le toit d’un immeuble à tracer son nom en lettres capitales. « Au bout d’un moment, j’ai ressenti le besoin d’écrire mon nom à nouveau, comme une thérapie, une bouffée d’air frais. J’ai alors choisi le nom Pixote, car sa consonance rappelle mes origines brésiliennes. » En quelques années, Pixote s’impose sur la scène new-yorkaise, multipliant les opérations commando sur les toits de la ville et sur les panneaux publicitaires. « Lorsque je peins dans la ville, je me sens vivant. En escaladant les immeubles, je me sens protégé. Je m’élève vers les cieux, je suis connecté avec mon environnement, avec les éléments. C’est comme un rituel. »

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Sustor Pixote – NYC 2014 © Sammy Ian

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Pixote – NYC 2016 © Sammy Ian

Ce rituel, Pixote le transpose en atelier à la faveur d’une rencontre avec un galeriste new-yorkais. En 2012, ce dernier met à sa disposition un espace de création pour un premier solo show. « Jusqu’ici je n’avais peint que dans la rue. Mais je n’ai pas ressenti de rupture en peignant dans l’atelier, plutôt une continuité, une évolution logique. Car c’était déjà en moi. J’ai grandi dans un environnement artistique, mon père est poète et ma mère vidéaste. J’ai senti que tout était connecté, il ne me manquait que l’expérience. Durant deux mois, j’étais à l’atelier tous les jours. Je dessinais, je peignais, je sculptais… Il y a eu de bons retours et ça a fait boule-de-neige. J’ai enchaîné les expositions collectives, collaboré avec des musiciens et différents artistes. »

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Pixote – Paris 2017 © Silvio Magaglio

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Pixote – Barcelone 2017 © Gabriel Froment

Curieux et cultivé, Pixote étend ses influences de la peinture à la musique en passant par le cinéma. Et si l’on retrouve dans son œuvre un peu de Cy Twombly, de Keith Haring ou des graffitis que photographiait Brassaï, ce n’est pas un hasard. « J’aime traîner dans les musées, m’imprégner des oeuvres des grands maîtres. Le Corbusier, Duchamp, Miro… Je me sens proche de l’œuvre de Tapies. Ses peintures ne sont pas évidentes au premier regard. Il faut s’y attarder pour déceler tout ce que l’artiste y a mis. Je m’inspire beaucoup de musique. Jimi Hendrix fut mon premier gourou. Sa musique est faite de strates, de fréquences qui procurent diverses émotions. Je suis également fan d’Alejandro Jodorowsky ou Wim Wenders. J’aime leurs films un peu bizarres, conceptuels. Ils convoquent la participation du spectateur, c’est ce que j’essaye de faire avec ma peinture. »

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Pixote – Paris 2017 © Silvio Magaglio

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Pixote – Paris 2017 © Silvio Magaglio

Sur toile, Pixote transmet ses pensées et ses émotions dans un imaginaire à la fois graphique et métaphysique. Familiarisé à la méditation transcendantale, il voit dans chacune de ses peintures un élément essentiel de la vie, un lien entre le corps et l’âme, entre l’homme et la nature. « Ma peinture relève du rituel. Je me lève, j’allume de l’encens et je fais une heure de méditation. Cette méditation se poursuit sur toile, j’y exprime ce que je ressens sur le moment, comme un rituel de purification. Parfois, il m’arrive de danser autour de la toile ! »

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Pixote – NYC 2017 © Evan Mk Knight

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« Alchemist » & « Archarma » By Night Gallery – Techniques mixtes sur toile 2017 © Evan Mk Knight

En atelier comme en ville, Pixote créé un corps-à-corps mystique avec le support. De cette symbiose naît l’image. Dans un rapport charnel avec la création, il joue avec les matières naturelles, mélange le sable à l’acrylique, se sert de ses mains comme de pinceaux et applique d’épaisses couches de peinture à l’huile sur des patchworks de toile brute. Parfois, il recycle d’anciennes peintures, peint par-dessus puis gratte les couches successives à la manière des graffitis primitifs. « Mes toiles sont vivantes, elles me permettent de communiquer, de partager. Comme des cartes de tarot, elles représentent des archétypes. Je puise dans l’imagerie des pixaçaos comme dans celle du bouddhisme tibétain à la recherche d’énergies positives que je veux transmettre aux gens. J’utilise souvent les couleurs primaires, celles du spectre solaire : le rouge, le jaune et le bleu. J’en extrais l’air, l’eau, le feu et cela me ramène à mes émotions profondes, celles que je veux diffuser : l’amour, la compassion, l’éveil de la conscience… Il s’agit de combattre la peur que provoque en nous nos sociétés modernes. D’aller à contre-courant de l’égoïsme qui nous gagne, de partager. Chaque toile est une fenêtre qui s’ouvre à celui qui l’observe. J’exprime ce qu’il y a de meilleur en moi, je le transpose par la peinture et l’œuvre s’achève dans le regard du spectateur. C’est à lui de poursuivre le chemin que j’ai amorcé. »

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« Eye-Wareness » & « I Caro » By Night Gallery – Techniques mixtes sur toile 2017 © Evan Mk Knight

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« Bodhicitta » & « Nagual » By Night Gallery – Techniques mixtes sur toile 2017 © Evan Mk Knight

La peinture de Pixote parle de la vie, d’un retour aux choses fondamentales, à nos émotions profondes. « La vie est un océan. Je ne me contente pas de la surface, j’essaye d’en explorer les profondeurs et d’y amener ceux qui veulent bien me suivre. »

Texte : Nicolas Gzeley
Photographies : Evan Mc Knight – Silvio Magaglio – Gabriel Froment – Gui Machado – Sammy Ian

 

Retrouvez cet article dans le dernier numéro de STUART magazine actuellement en kiosques.

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English Version :

Half-way between graffiti, abstract expressionism and outsider art, Pixote calls on the spirituality of the viewer. His work, composed of tags with Brazilian accents and studio paintings, imbued with symbolism, questions the capacity of man to exist and communicate in the city. Invited in Paris by By Night gallery, he presents in the exhibition « The Path » his most recent canvases. Welcome to a trip in the way of a spiritual quest, from Rio de Janeiro to New York, via Paris.

In the early 2000’s, New York witnesses the arrival of a new signature: Pixote. Made with a roller or an extinguisher, most of the time on hardly accessible places, Pixote’s signature carries within itself the Brazilian culture. And most of all, the one of pixaçaos: these graffiti with a unique style that have been colonising for almost thirty years the facades of Brazilian megalopolises. They are made by pixadores who, like true daredevil, free climb buildings to put their names on them. “I’m from Rio de Janeiro and the pixaçäos are part of my culture. When I was ten, I started painting them. When I arrived in New York a few years later, I had no document. So I put graffiti aside to focus on music and skateboard.”

But you do not get rid of the writing virus that easily and it won’t take much before the young musician finds himself on a roof drawing his name in capital letters. “After a while, I felt the need to write my name again, like a therapy, a breath of fresh air. Then I chose the name Pixote because its sound reminded me of my Brazilian origins.” In a few years, Pixote stands out on the New York scene, multiplying raids on the roofs of the city and billboards. “When I paint in the city, I feel alive. Climbing buildings, I feel safe. I rise up towards the skies, I’m connected to my environment, to elements. It’s like a ritual.”

Pixote transposes this ritual in a studio thanks to a meeting with a New York gallery owner. In 2012, the latter provides him with a creation space for a first solo show. “Until then I had only painted in the street. But I did not feel any split painting in the studio, rather a continuity, a logical evolution. Because it was already in me. I grew up in an artistic environment; my father is a poet and my mother, a video maker. I felt like everything was linked, I was just missing experience. For two months, I was in the studio every day. I drew, painted, sculpted… I had some good feedback and it snowballed. I did one collective show after another, collaborated with musicians and different artists.”

Curious and cultivated, Pixote spreads his influences from painting to music and cinema. And if you can find a little bit of Cy Twombly, Keith Haring or the graffiti Brassai was photographing, it is no coincidence. “I like hanging out in museums, immerse myself in great masters’ works. Le Corbusier, Duchamp, Miro… I feel close to the work of Tapies. His paintings are not evident at a glance. You have to linger over it to detect all that the artist has put in it. I get inspired by music a lot. Jimi Hendrix was my first guru. His music is made of layers, frequencies that will make you feel different things. I am also a fan of Alejandro Jodorowsky or Wim Wenders. I like their movies, a little bit weird, conceptual. They call on the participation of the spectator, that’s what I’m trying to do with my painting.”

On canvases, Pixote passes down his thoughts and feelings in an imaginary both graphic and metaphysical. Familiarised with transcendental meditation, he sees in each of his paintings an essential element of life, a link between the body and the soul, between man and nature. “My painting is like a ritual. I get up, burn incense, meditate for one hour. This meditation goes on on the canvas, there I express what I’m feeling at the moment, like a purification ritual. Sometimes, I even happen to dance around the canvas!”

In both studio and city, Pixote creates a mystical clinch with the medium. This symbiosis gives birth to the image. In a sensual relationship with creation, he plays with natural materials, mixes sands and acrylic paint, uses his hands like brushes and puts thick coats of oil paints on patchworks of raw canvases. Sometimes, he recycles old paintings, paints over them then scratches the successive coats like primitive graffiti. “My canvases are alive, they allow me to communicate, share. Like tarot cards, they represent the archetypes. I draw on the imagery of pixçäos as well as in the one of the Tibetan Buddhism looking for positive energies that I want to pass down to people. I often use primary colours, the ones of the solar spectrum: red, yellow and blue. Out of it I extract air, water, fire and it brings me back to my deepest emotions, the ones I want to spread: love, compassion, awakening… It’s about dealing with the fear our modern societies arouses among us. Each canvas is a window opened to the one who’s looking at it. I express what’s best in me. I transpose it on painting and the work finds an end in the viewer’s look. It’s up to him to follow the path I initiated.”

Pixote’s painting is about life, returning to fundamentals, our deep emotions. « Life is an ocean. I don’t content myself with the surface. I’m trying to explore its depths and bring there the people who are ready to follow me. »

Text : Nicolas Gzeley
Photographs : Evan Mc Knight – Silvio Magaglio – Gabriel Froment – Gui Machado – Sammy Ian