Kan X Blo

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Revisiter le classique.

Alors que cela fait près de trois ans que l’on n’a pas vu les DMV réunis sur un même projet, Kan et Blo ont fait revivre ce collectif hors normes avec l’exposition « Nymphas » à la 912 Arty Gallery. En mixant leurs univers respectifs, ils ont rendu hommage à la peinture classique et renoué avec un travail collectif basé sur l’échange et l’expérimentation. Ainsi, les figures pointillistes de Kan répondent ici aux abstractions de Blo qui mêle le geste brut du graffiti au dessin. Deux univers, à première vue opposés, que les deux artistes ont su marier avec brio.

 

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Au début des années 2000, le collectif Da Mental Vaporz s’impose sur la scène hexagonale avec des productions originales, riches et détaillées. Créé par Bom.K et Iso puis rapidement rejoints par Kan, le groupe s’étoffe au fil des années et compte aujourd’hui une dizaine de membres aux profils variés, tous aussi talentueux les uns que les autres. En combinant leurs personnalités, Bom.K, Iso, Kan, Jaw, Gris1, Brusk, Dran, Sowat, Blo et Lek signent ensemble des fresques ambitieuses et déjantées. Chez les DMV, la folie de l’un vient enrichir l’originalité de l’autre. Avec un procédé basé sur le cadavre exquis, ils créent des patchworks fourmillant de détails où chacun vient compléter le dessin de son voisin dans un joyeux bordel organisé. « Nous sommes à la fois très différents et complémentaires explique Blo. Notre style est basé sur le mélange : il s’agit de découpages et de collages de différents styles que nous dispatchons de manière à obtenir un résultat homogène. Avec le temps, c’est un peu devenu notre marque de fabrique. »

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BomK, Jaw, Gris1, Dran, Sowat, Kan, Blo. Festival Crimes of Minds, Brest 2012. Photo © Sowat

Alors que chacun d’entre eux développe avec succès une carrière solo, les productions collectives estampillées DMV se font de plus en plus rares, au grand dam des amateurs d’art urbain. « Avec l’éloignement géographique, la vie de famille et les emplois du temps surchargés, il devient de plus en plus difficile de tous se réunir indique Kan. La dernière fresque DMV remonte à 2014, lorsqu’une grande partie du groupe fut invitée à peindre un mur de 500m2 à Berlin à l’occasion de l’exposition The Wall. En attendant de parvenir à tous se rassembler à nouveau, nous réalisons des productions en comité restreint. Deux ou trois d’entre-nous arrivent de temps en temps à se réunir pour représenter le collectif et retrouver cette ambiance fraternelle qui nous a nourri pendant de nombreuses années. »

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Blo, BomK, Brusk, Kan, Gris1, Lek, Sowat. Berlin 2014. Photo © Max Charlin

Ainsi au mois d’avril 2016, Kan, Blo et Jaw se retrouvent à Marseille pour une résidence artistique à la Villa Alliv. Durant plusieurs jours, ils expérimentent de nouvelles façons de mixer leurs univers respectifs. « À l’occasion de cette résidence, nous avons réalisé plusieurs toiles à six mains et une installation in-situ précise Blo. Il s’agissait de pousser à l’extrême ce que nous avions déjà réalisé ensemble auparavant. Les découpages et assemblages classiques que nous avions l’habitude de développer ont évolué en de complexes jeux de superposition et de déconstruction basés sur l’aléatoire, la spontanéité et l’abstraction. » Ainsi, les trois compères retrouvent le goût du travail collectif, cette émulation créative qui pousse chacun à se dépasser et à trouver de nouvelles voies à explorer.

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Jaw, Kan, Blo. Villa Alliv, Marseille 2016. Photo © Tito

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« South Coast » Techniques mixtes sur toile, 195x130cm. Jaw, Kan, Blo. Villa Alliv, Marseille 2016.

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« Wrong Area » Techniques mixtes sur toile, 260x195cm. Jaw, Kan, Blo. Villa Alliv, Marseille 2016.

Forts de cette expérience, c’est à la 912 Arty Gallery que Kan et Blo poursuivent l’aventure. « Jaw n’étant pas disponible à cette période, c’est actuellement en duo que nous explorons le chemin amorcé à Marseille indique Blo. Ce n’est pas forcément évident car nous devons travailler à distance, entre mon atelier berlinois et celui de Kan situé à Paris. Mais nous nous connaissons si bien que cela ne pose pas de soucis, nous avons confiance l’un en l’autre et nous avançons dans le même sens. »

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« Crush Down my Spirit » Peinture émail sur toile, 97x146cm – « Decem et Octo » Peinture émail sur toile, 81x130cm. Kan 2017

« Pour cette exposition, nous avons choisi de travailler autour de figures féminines empruntées à la peinture classique ajoute Kan. Chacun d’entre nous avait déjà abordé ce thème en solo auparavant. Ici, il s’agit de confronter nos points de vue et nos techniques pour obtenir un résultat cohérent. Alors que je trame ces muses issues de la mythologie grecque, Blo les déconstruit par ses collages abstraits. »

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« Veiled Visions » « Baths » « Ballet School » Acrylique et aérosol sur toile, 3x97x130cm. Blo 2017

Ainsi, les toiles pointillistes de Kan viennent compléter les compositions aux accents surréalistes de Blo. À la gestuelle vive et spontanée de ce dernier s’oppose la rigueur du premier. Et de cette opposition naît une oeuvre commune. « Au-delà de jouer sur le dialogue entre nos différences explique Blo, nous nous sommes à nouveau mélangés sur une toile ainsi que sur un mur de la galerie. Comme à Marseille l’année précédente, l’improvisation et la création in-situ nous guide vers de nouvelles expériences. »

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« Meditation » « Myths » Technique mixte sur toile, 2x97x130cm. Blo 2017

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« Landscape » Technique mixte sur toile, 100x120cm. Blo 2017

Texte : Nicolas Gzeley

Photos : Eli Cornejo, Tito, Kan, Blo, Sowat, Max Charlin, Nicolas Gzeley

 

Retrouvez cet article dans le dernier numéro de STUART magazine actuellement en kiosques.

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English Version :

As it has been almost three years since we have not seen the DMV gathered on a same project, Kan and Blo bring this nonstandard collective back to life with an exhibition at the 912 Arty gallery. mixing their respective universes, they pay tribute to classical painting and renew with a collective work based on exchange and experiments. thus, Kan’s pointillist figures answer the abstractions of Blo who mixes the raw move of graffiti with drawing.

In the early 2000s, the collective Da Mental Vaporz makes a name for itself on the French scene with original, rich and detailed productions. Created by Bom.K and Iso and soon joined by Kan, the crew got bigger over the years and now counts about ten members with various profiles, all equally gifted. Combining their personalities, Bom.K, Iso, Kan, Jaw, Gris1, Brusk, Dran, Sowat, Blo and Lek signed together ambitious and crazy frescoes. With the DMV, the crazyness of one of the members enriches the originality of another one. With a process based on the exquisite corpse, they create patchworks teeming with details on which everyone completes the drawing of his neighbour in an organised merry mess. “We are both very different and complementary, Blo explains. Our style is based on the mix: it’s made of cuttings and collages of different styles that we dispatch in our way in order to get a homogeneous result. With time, it became a little bit our trademark.”

As each of them is developing successful solo careers, DMV stamped collective productions are more and more rare, to the great displeasure of urban art lovers. “Because of physical distance, family life and busy schedule, it has become more and more difficult to meet altogether, Kan explains. The last DMV fresco dates back to 2014 when a good many of the crew was invited to paint a 1600-square- foot wall in Berlin as part of the exhibition The Wall. Until we succeed in gathering everybody again, we make production in small groups. From time to time, two or three of us manage to gather in order to represent the collective and get back in this fraternal ambiance that fed us for many years. »

Thus, in April 2016, Kan, Blo and Jaw met in Marseille for an artistic residence at Villa Alliv. For some days, they experience new ways of mixing their respective universes. “During this residency, we produced several canvases with six hands and one in situ installation, Blo explains. It was about stretching the limits of what we had already realised together before. The classical cuttings and assemblies we were used to doing evolved into complex superposition and deconstruction games based on chance, spontaneity and abstraction.” Like this, the three mates rediscover their taste for collective work, this creative emulation that pushes each one to surpass yourself and find new ways to explore.

Driven by this experience, Kan and Blo carry on with the adventure at the 912 Arty Gallery. “Jaw was not available at that time, it’s currently in duo that we are exploring the path we started to follow in Marseille, Blo explains. It’s not always easy because we have to work at a dis- tance, between my Berlin studio and Kan’s one located in Paris. But we know each other so well that it’s not a problem, we trust each other and are going in the same direction.” “For this exhibition, we chose to work around feminine figures borrowed classical painting, Kan adds. Each of us had already tackled this theme alone before. There we want to confront our point of views and techniques to get a consistent result. While I weave these Muses from the Greek mythology, Blo deconstructs them with his abstract collages.” Thus Blo’s compositions with surrealist overtones are completed by the pointillist canvases of Kan. The lively gestures of the former contrast with the strictness of the later. A common work emerges from this opposition. “A part from playing on the dialogue between our differences, Blo explains, we are again mixed up on a canvas as well as on one wall of the gallery. Like in Marseille last year, improvisation and in situ creation guides us towards new experiments.”